
{"id":1301,"date":"2010-06-16T18:47:10","date_gmt":"2010-06-16T18:47:10","guid":{"rendered":"https:\/\/ujkafe.website\/?p=1301"},"modified":"2010-06-17T13:12:25","modified_gmt":"2010-06-17T13:12:25","slug":"eva-agnel-je-ne-te-hais-pas-rebecca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ujkafe.website\/?p=1301","title":{"rendered":"Eva Agnel: Je ne te hais pas, R\u00e9becca"},"content":{"rendered":"<p>Elle est haute, la marche de l\u2019escalier.<\/p>\n<p>Ta jupe est serr\u00e9e, tes mains sont occup\u00e9es. Comment trouver sa carte dans son sac? La lani\u00e8re glisse sur l\u2019\u00e9paule, le classeur glisse sous le bras, tiens-toi, il d\u00e9marre, le chauffeur. Ouf! T\u2019as r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>T\u2019as m\u00eame trouv\u00e9 une place.<\/p>\n<p>Ici, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<\/p>\n<p><!--more-->Tu veux que j\u2019te raconte une histoire?<\/p>\n<p>Je t\u2019avais d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9e.<\/p>\n<p>Les jeunes de ton \u00e2ge ne s\u2019habillent pas comme toi. Les jeunes de ton \u00e2ge portent des jeans, des pulls aux manches \u00e9tir\u00e9es, des \u00e9charpes en laine autour du cou; en bas: Nike ou Reebok; en haut: rien ou casquette, c\u2019est la mode. Chez les pauvres, chez les riches, chez les pas trop et chez les qui font semblant. Pour la mode, ce n\u2019est pas si mal.<\/p>\n<p>Mais toi? Toi, tu affiches d\u2019entr\u00e9e ta diff\u00e9rence. La masse, ce n\u2019est pas ton truc. Tu te d\u00e9marques. Tu fais face \u00e0 97% des moins de trente. Tu fais cependant partie des 3% restants, si tu me permets. C\u2019est math\u00e9matique. Dans la mesure o\u00f9 97% + 3% font 100 pour 100. Contraire \u00e0 ta volont\u00e9? Que fait-t-on avec les 3%? On les divise? Autant de fois que tu le souhaites. Il en restera toujours un fragment, tu y seras. Tr\u00e8s certainement pas seule. \u00c0 part \u00e7a, tu es unique comme nous tous. Excuse-moi, je dois t\u2019inclure alors dans les 100%, car tout le monde est unique.<\/p>\n<p>L\u2019ext\u00e9rieur te bloque? Ton tailleur, ton chemisier, tes chaussures? Tant pis, c\u2019est ton choix. Ton uniforme. Printemps, automne, hiver. Jamais un manteau. M\u00eame si le froid arrive un peu. M\u00eame si un vent glacial traverse la r\u00e9gion avec cette petite couche grassouillette dissimul\u00e9e que tu surveilles avec tant d\u2019angoisse. Toujours ce m\u00eame tailleur! Impeccable, c\u2019est vrai. T\u2019en as plusieurs?<\/p>\n<p>C\u2019est quoi ce large collier d\u2019or 14 carats qui t\u2019\u00e9trangle? Du nouveau?<\/p>\n<p>Il \u00e9tait une fois un laboratoire.<\/p>\n<p>Dans ce laboratoire, il y avait des alambics, des pipettes, des tubes, des liquides color\u00e9s, des gaz invisibles et des chercheurs. Ce qui \u00e9tait tout \u00e0 fait normal. Mais ce laboratoire n\u2019avait pas de nom. Ni docteur X, ni docteur Y. Les docteurs X, Y et Z travaillaient dedans. Travailler? C\u2019est peut-\u00eatre trop dire. Trente-six hommes et quatre femmes y occupaient des postes. L\u2019\u00c9tat \u00e9tait g\u00e9n\u00e9reux \u00e0 cette \u00e9poque r\u00e9volue, m\u00eame s\u2019il avait d\u2019autres chats \u00e0 fouetter par ailleurs. Dieu sait qu\u2019il ne les a pas oubli\u00e9s. Il portait cependant un regard particulier sur ce laboratoire. Bienveillant. Il veillait bien \u00e0 ce que quelques ex-contestataires, r\u00e9volutionnaires du dimanche, se mettent sans crainte \u00e0 son service.<\/p>\n<p>Il y avait aussi, dans ce monde d\u00e9j\u00e0 \u00e9volu\u00e9, pas mal de priv\u00e9s. Et pas seulement des boulangers, des plombiers\u2026 En mati\u00e8re de recherche fondamentale, de bons chercheurs bossaient, sans pour autant empocher le dixi\u00e8me du salaire d\u2019un footballeur; et s\u2019ils avaient marqu\u00e9 quelques buts contre les maladies, les inondations et les tremblements de terre, ils n\u2019avaient pourtant rien trouv\u00e9 contre la mort. Vrai ou faux?<\/p>\n<p>Qu\u2019attendre de plus d\u2019un laboratoire d\u2019\u00c9tat? Avec ces hippies dipl\u00f4m\u00e9s?<\/p>\n<p>Augmenter le nombre de ch\u00f4meurs d\u00e9j\u00e0 croissant? Cela aurait fait mouche en ces ann\u00e9es-l\u00e0!<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat pr\u00e9f\u00e8re tuer deux mouches d\u2019un m\u00eame geste. C\u2019est rapide et c\u2019est moins fatiguant.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que certains devinrent soudain ce qui devient rarissime de nos jours, \u00e0 savoir fonctionnaires.<\/p>\n<p>Ceux qui connaissaient autrefois les quarante chercheurs du laboratoire sans nom pourraient nous certifier que ces quarante n\u2019ont jamais rien trouv\u00e9, mais ils continu\u00e8rent encore longtemps \u00e0 le chercher.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Tu vois, c\u2019est comme une fable.<\/p>\n<p>Leur vie n\u2019\u00e9tait pas plus moche que celle des autres. M\u00eame s\u2019il fallait se lever \u00e0 peu pr\u00e8s chaque matin. M\u00eame s\u2019ils avaient, comme exige la tradition, un sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique. M\u00eame si ce sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique faisait partie des cr\u00e9atures exceptionnelles transcendant l\u2019esprit conqu\u00e9rant de tous les sup\u00e9rieurs du monde jusqu\u2019ici recens\u00e9s. N\u00e9anmoins, nul ne pouvait jeter ses sujets dans des cages d\u2019animaux! Cela \u00e9tait interdit. Puis, dans les cages du laboratoire sans nom, il n\u2019y avait pas de tigres affam\u00e9s ou de lions f\u00e9roces, seulement des petites souris blanches un peu stress\u00e9es et quelques vieux rats \u00e9branl\u00e9s.<br \/>\nPrestige oblige, le directeur dirigeait. Son syst\u00e8me se fondait toutefois sur des id\u00e9es simples, comme quoi m\u00eames les scientifiques ont recours \u00e0 des astuces beaucoup moins compliqu\u00e9es que l\u2019on pourrait imaginer!<br \/>\nCe directeur commandait des produits impronon\u00e7ables \u00e0 des marchands errants, dans des pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s; il les stockait dans la cave, \u00e0 peine remani\u00e9s, en proposait des petits sachets, des petits flacons, des petites capsules \u00e0 des associations nouvellement cr\u00e9\u00e9es qui proposaient, en retour, une partie des dons qu\u2019elles d\u00e9tenaient de la population sensible aux appels des m\u00e9dias en mati\u00e8re de sant\u00e9. Tu paies quelques sous pour quelque chose, tu l\u2019emballes et tu le vends, celui \u00e0 qui tu l\u2019as vendu le revend et il te verse un pourcentage apr\u00e8s vente. Tu ne seras pas pauvre. Ton partenaire, non plus, il ne sera pas pauvre. Le sous-d\u00e9velopp\u00e9 n\u2019est pas ton partenaire. La population, non plus, elle n\u2019est pas ton partenaire. Tu ne d\u00e9jeunes pas avec eux. Tu d\u00e9jeunes avec trois pr\u00e9sidents de dix-sept associations diff\u00e9rentes, invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu, comme tes gaz dans tes ballons bouffants.<br \/>\nLes chercheurs testaient cependant les produits sur les pitoyables rongeurs. Cela les amusait. Si les bestioles se montraient joyeuses, comme celles des dessins anim\u00e9s d\u2019un autre monde, le produit se voyait aussit\u00f4t r\u00e9serv\u00e9. Les associ\u00e9s \u00e9taient aux anges; l\u2019offre du directeur n\u2019\u00e9tait en aucun cas que de la poudre aux yeux.<br \/>\nRendons au directeur ce qui est au directeur! L\u2019\u00c9tat aussi, il le lui a rendu. Peu d\u2019hommes peuvent arborer autant de m\u00e9dailles que le directeur! Peut-\u00eatre les g\u00e9n\u00e9raux! Surtout sous nos r\u00e8gnes o\u00f9 seuls les soldats p\u00e9rissent.<\/p>\n<p>Mais, je ne veux pas t\u2019attrister sur le sort des petits soldats par une si belle matin\u00e9e ensoleill\u00e9e!<\/p>\n<p>Mieux vaut penser aux enveloppes qui accompagnaient les m\u00e9dailles du m\u00e9rite! Pour que le laboratoire se porte bien. Pour qu\u2019il s\u2019inscrive dans la dur\u00e9e.<br \/>\nUne relation immacul\u00e9e persista durant un quart de si\u00e8cle entre l\u2019\u00c9tat et le directeur. Sous tous les pr\u00e9sidents \u00e9lus par le peuple, sous tous les gouvernements nomm\u00e9s par le pr\u00e9sident. Ce fut exactement \u00e7a, sa fiert\u00e9, au directeur.<br \/>\nCar ses relations avec le reste du monde n\u2019\u00e9taient pas si attrayantes. Sa femme le quitta ou bout de dix-huit ans de mariage, lorsque leur fils claqua la porte. M\u00e8re et fils devenaient majeurs au m\u00eame moment\u2026<br \/>\n\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e des cam\u00e9ras de vid\u00e9osurveillance dans des lieux importants, le directeur, d\u00e8s lors aussi spectaculairement avanc\u00e9 en \u00e2ge que son compte en banque l\u2019\u00e9tait en chiffres, s\u2019enfermait volontiers dans son cabinet au rez-de-chauss\u00e9e. Il prenait une bouteille de cognac, allumait un cigare et s\u2019adressait aux \u00e9crans: \u00ab Vous les voyez tous? Vous savez o\u00f9 ils sont, ce qu\u2019ils font\u2026! \u00bb<br \/>\nTant qu\u2019il le pouvait, il se dressait dans sa toute puissance de directeur, allait plus ou moins droit crier deux mots au visage \u00ab des quarante prix Nobel de nullit\u00e9 monumentale \u00bb, puis d\u00e9ambulait se soulager un peu derri\u00e8re les boxes aux rats.<\/p>\n<p>Faut pas en rire, R\u00e9becca!<\/p>\n<p>Les quarante riaient. Ils riaient, entre eux et par-derri\u00e8re, de ce qu\u2019ils voyaient: le directeur se coiffait en trois dimensions comme un chef d\u2019orchestre, se laissait pousser une dense barbe et, telles les immenses ailes d\u2019un oiseau ant\u00e9diluvien, flottait sur son dos franchement vo\u00fbt\u00e9 un long manteau noir.<br \/>\nUn jour, pareillement au destin tragique des plus grands que l\u2019humanit\u00e9 appelle \u00ab les figures historiques \u00bb (comme si les petits n\u2019avaient ni figure, ni histoire), l\u2019heure du directeur sonna. Il ne fut pas poignard\u00e9 dans un coin obscur du laboratoire, non; ce n\u2019est que l\u2019heure de la retraite qui tintinnabula. M\u00e9morable fut quand m\u00eame la f\u00eate au labo et le verre d\u2019adieu, p\u00e9tillant.<br \/>\nLes trois semaines qui suivirent son d\u00e9part furent les plus belles dans la vie des quarante chercheurs. Le laboratoire avait des b\u00eates, des produits, de l\u2019argent, mais il n\u2019avait plus de directeur.<br \/>\nLa premi\u00e8re semaine, ils cass\u00e8rent les appareils de vid\u00e9osurveillance en chantant. La deuxi\u00e8me semaine, ils command\u00e8rent chez les traiteurs: mang\u00e8rent, burent et fum\u00e8rent des cigares. La troisi\u00e8me semaine, ils dormirent chez eux.<br \/>\nLorsqu\u2019ils revinrent, tout semblait m\u00e9tamorphos\u00e9 au laboratoire.<br \/>\nPlusieurs courriers les attendaient. Le minist\u00e8re de la recherche les informait des avantages de la d\u00e9centralisation gradu\u00e9e et de ceux de la d\u00e9mocratie croissante. Bref, ils devaient s\u2019occuper de la succession de leur directeur. Mais comment? Eux, qui ne pouvaient rep\u00e9rer un grain de sable sur une plage, \u00e9taient maintenant d\u00e9sign\u00e9s pour se trouver un directeur! Rien que \u00e7a! Sous pr\u00e9texte qu\u2019un \u00ab laboratoire sans nom et sans directeur n\u2019est pas un laboratoire \u00bb?<br \/>\n&#8211; Mais cela ne nous d\u00e9range pas, s\u2019\u00e9cri\u00e8rent d\u2019une seule voix les quarante.<br \/>\nLe plus \u00e2g\u00e9 appela le minist\u00e8re.<br \/>\n&#8211; Donnez-lui le nom de l\u2019ancien directeur, m\u00eame s\u2019il est encore vivant, et pr\u00e9voyez-en un autre tr\u00e8s rapidement, hurla le charg\u00e9 de coordination aupr\u00e8s du ministre comp\u00e9tent. Je vous signale que les directeurs sont jeunes, qualifi\u00e9s, exp\u00e9riment\u00e9s, munis des bonnes r\u00e9f\u00e9rences. Polyvalents, flexibles, dynamiques. D\u00e9brouillez-vous! Mais pas n\u2019importe comment! Dans une d\u00e9mocratie, il y des r\u00e8gles. Elles sont \u00e9crites noir sur blanc, lisez-les!<br \/>\nIls lurent trois jours et trois nuits.<br \/>\nPour comprendre qu\u2019ils seraient oblig\u00e9s de former un conseil scientifique de sept membres. Par vote secret. D\u00e9mocratiquement. Que ce conseil serait oblig\u00e9 d\u2019\u00e9tudier les candidatures, d\u2019en s\u00e9lectionner par vote secret, une fois de plus, d\u00e9mocratiquement. Car il est dit: \u00ab Sera nomm\u00e9(e) directeur (directrice) le (la) candidat(e) qui obtiendra la majorit\u00e9 des voix. \u00bb<br \/>\n&#8211; Comme un Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique!<br \/>\n&#8211; La vache!<br \/>\nArriv\u00e8rent les Curriculums Vitae. Ils lurent trente jours et trente nuits, ensemble.<br \/>\n&#8211; Autant de jeunes qualifi\u00e9s exp\u00e9riment\u00e9s ?<br \/>\n&#8211; Comme nous, conclurent les quarante.<br \/>\nMais il n\u2019en fallait qu\u2019un.<br \/>\nUn qui gagnerait le triple des autres, alors que les autres gagnaient d\u00e9j\u00e0 le double des autres autres.<\/p>\n<p>Me suis-tu, R\u00e9becca?<\/p>\n<p>Des questions se bouscul\u00e8rent soudain dans leur t\u00eates: \u00ab Qui sera membre du conseil scientifique? \u00bb, \u00ab Le directeur qui? \u00bb, \u00ab Toi?, Moi?, Lui?, (Elle?) \u00bb.<br \/>\nIls se mirent pour la plupart \u00e0 songer, discr\u00e8tement certes, \u00e0 des possibilit\u00e9s d\u00e9mocratiques, d\u00e9centralis\u00e9es, croissantes et compl\u00e9mentaires comme, par exemple, un \u00e9ventuel poste de directeur adjoint ou de directeur technique, ou \u00e9conomique, ou des ressources humaines, ou des ressources animales, se disant qu\u2019avec le temps, peut-\u00eatre&#8230;<br \/>\nEt ils se regard\u00e8rent comme jamais auparavant et leur vie devint un enfer.<\/p>\n<p>Tu descends?<\/p>\n<p>Il monta le chemin bord\u00e9 de platanes. Il se tenait droit. Il d\u00e9passait d\u2019un cr\u00e2ne les passants, y a que les arbres qui le d\u00e9passaient lui, mais il ne s\u2019occupait pas des arbres. Ni des passants.<br \/>\nCostard-cravate, l\u2019un des derniers cris de la capitale. Brillante paire de chaussures, mallette assortie, la classe. Dans le ton marron beige. Coupe de cheveux ni courte, ni longue, une m\u00e8che tombant sur le front comme par hasard.<br \/>\nIl venait en ce lieu pour la premi\u00e8re fois. Pour se pr\u00e9senter devant le conseil scientifique du laboratoire.<br \/>\nSept mouches coll\u00e9es sur des si\u00e8ges rembourr\u00e9s de velours susurraient autour d\u2019une table ovale. Invit\u00e9, il prit place.<br \/>\n&#8211; Nous vous \u00e9coutons, fit un responsable.<br \/>\nIl parla.<br \/>\n&#8211; Nous vous remercions, fit le responsable.<br \/>\nLes mouches remu\u00e8rent leurs membres sup\u00e9rieurs en guise d\u2019applaudissements enthousiastes.<br \/>\nCe jour de choix d\u00e9mocratique, il fut class\u00e9 deuxi\u00e8me parmi huit candidats pr\u00e9s\u00e9lectionn\u00e9s sur deux mille neuf cent quatre-vingt trois.<br \/>\nApr\u00e8s d\u00e9lib\u00e9ration, selon laquelle le Conseil Scientifique du Laboratoire des Recherches Pharmaceutiques Z\u00e9non Bonifacio avait \u00e9lu pour directeur l\u2019un de ses employ\u00e9s, il retourna, comme il \u00e9tait venu, \u00e0 la capitale.<br \/>\nUn vieux renard l\u2019attendait:<br \/>\n&#8211; Qu\u2019y a-t-il, mon grand? Demanda-t-il au bel homme class\u00e9 deuxi\u00e8me.<br \/>\n&#8211; Je suis class\u00e9 deuxi\u00e8me, r\u00e9pondit celui-ci.<br \/>\n&#8211; Ont-ils os\u00e9 nous faire \u00e7a?<br \/>\nRenard disposait de la plus importante soci\u00e9t\u00e9 de recherche en neuroleptiques que le pays ait connue de toute son histoire; il \u00e9tait, en outre, premier pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration d\u2019une demi-douzaine d\u2019autres, hors fronti\u00e8re et en voie de d\u00e9veloppement. Il se d\u00e9pla\u00e7ait en permanence d\u2019avion en avion, pour assurer la coop\u00e9ration entre ceux qu\u2019il appelait ses \u00ab labos fr\u00e8res \u00bb. Un patron touch\u00e9 \u00e0 ce point par l\u2019id\u00e9e noble de la fraternit\u00e9, cela existe. Le sien. Renard voyait juste. Ne parlait jamais pour rien. \u00ab Les neuroleptiques, lui dit-il une fois, ne sont pas de minces affaires! Des \u00e2mes fragiles attroup\u00e9es dans des villes, \u00e7a consomme! \u00c7a consomme pour dormir, pour se r\u00e9veiller, pour aller au boulot, s\u2019ils en ont encore un, pour manger, pour boire, pour ne pas manger, pour ne pas boire, pour faire l\u2019amour, pour ne pas faire l\u2019amour; et, crois-moi, c\u2019est pas fini: on les fera consommer davantage! \u00bb.<br \/>\n&#8211; Ce n\u2019est pas parce que je veux me s\u00e9parer de toi (il leva ses sourcils, rares \u00e0 pr\u00e9sent), mais je n\u2019ai vraiment pas l\u2019intention de laisser courir \u00e7a! Primo: tu m\u00e9rites une promotion, en voil\u00e0 une qui se pr\u00e9sente; tu vas pas rester premier assistant jusqu\u2019\u00e0 ce que je meure, n\u2019est-ce pas? Secundo: tu te feras construire une maison en province, tu as une famille, tes enfants seront contents; ta femme, bon sang, ne te soucie pas d\u2019elle, elle s\u2019y fera. Tercio: je peux agir, moi, et maintenant.<br \/>\n&#8211; Ainsi soit-il, r\u00e9pondit l\u2019assistant.<br \/>\nEt c\u2019est ainsi que le laboratoire Bonifacio vit inverser son classement d\u00e9centralis\u00e9, entre le premier et le deuxi\u00e8me candidat, par un arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel conforme \u00e0 la l\u00e9gislation en vigueur, permettant aux plus hautes autorit\u00e9s d\u2019intervenir sans appel en cas de litige flagrant.<\/p>\n<p>Ne t\u2019\u00e9tonne de rien, R\u00e9becca!<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr qu\u2019il commen\u00e7a par se faire construire une maison \u00e0 la campagne: deux \u00e9tages, jardin, piscine, terrasse. Bien s\u00fbr qu\u2019il allait vers des nouveaux contacts, se montrer promptement partout o\u00f9 une quelconque opportunit\u00e9 lui semblait se pr\u00e9senter. Et le chemin du laboratoire, il fallut aussi le prendre.<br \/>\nEn directeur.<br \/>\nCharles Olamona de Caries, 44 ans, chimiste et docteur en biologie exp\u00e9rimentale, se dit sur le chemin bord\u00e9 de platanes: \u00ab \u00c0 nous deux, la province! \u00bb<br \/>\nIl \u00e9tait attendu.<br \/>\n&#8211; Bienvenue, entendit-il; et il vit une salle remplie de regards, d\u2019amuse-gueule et de champagne. Que notre nouveau directeur soit le bienvenu! \u00c0 cette occasion exceptionnelle, souvenons-nous encore une fois de notre ancien, qui, h\u00e9las, oblig\u00e9 de prendre sa retraite, nous a quitt\u00e9s. Nos plaies en resteront \u00e0 jamais b\u00e9antes mais aujourd\u2019hui, le navire continue sa voie\u2026<br \/>\n&#8211; Mes chers coll\u00e8gues, entendit-il sa propre voix prononcer, tandis qu\u2019un sourire \u00e0 l\u2019usage du public s\u2019affichait sur son visage. Il pronon\u00e7a quelques mots comme productivit\u00e9, compatibilit\u00e9, mondialisation, et insista sur l&#8217;in\u00e9galable honneur qui lui \u00e9tait fait d\u2019\u00eatre invit\u00e9 \u00e0 conduire, sans doute aussi vers quelques ports encore inexplor\u00e9s, un aussi pr\u00e9cieux engin.<br \/>\nChampagne bu, il visita les lieux. Tous les quarante derri\u00e8re. Comme la femme de m\u00e9nage avait nettoy\u00e9 et d\u00e9sinfect\u00e9 la veille, en se faisant pour la premi\u00e8re fois des heures suppl\u00e9mentaires, l\u2019\u00e9tablissement brillait comme un sou neuf dans ses moindres recoins.<br \/>\n&#8211; Satisfait, Monsieur? Lui demanda une chercheuse.<br \/>\n&#8211; Je vous donnerai ma r\u00e9ponse plus tard, fit-il, en esp\u00e9rant que je le serai.<br \/>\nLes quarante retourn\u00e8rent \u00e0 leur poste et il s\u2019installa dans le bureau de son pr\u00e9d\u00e9cesseur.<br \/>\nIl jeta un coup d\u2019\u0153il sur le cahier du personnel.<br \/>\nIl n\u2019avait nullement envie d\u2019apprendre quarante noms, ceux de ses nouveaux coll\u00e8gues ou, comme il se plaisait d\u00e8s lors \u00e0 dire, ses assistants. Pourquoi retenir autant de noms inutiles? Il ouvrit n\u00e9anmoins son agenda professionnel, cadeau du Renard, \u00e9pais comme la Sainte Bible; derri\u00e8re les pages des jours, sur les feuilles vierges, il inscrivit vite fait des chiffres en colonnes. Aupr\u00e8s du chiffre 1, il nota: \u00ab me dit le bienvenu, petite taille, plut\u00f4t brun, chemise jaune, mouche qui veut devenir gu\u00eape \u00bb.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas le seul, tu sais.<\/p>\n<p>Monsieur Olamona de Caries a vite appris le m\u00e9tier de directeur.<br \/>\nIl n\u2019y avait rien \u00e0 faire. Le laboratoire tournait, Dieu sait comment, mais il tournait comme s\u2019il \u00e9tait programm\u00e9 pour tourner aussi convenablement que la terre.<br \/>\nLa secr\u00e9taire, une gracieuse cr\u00e9ature haute en couleur dans un d\u00e9bardeur et pantalon moulant, entrait dans son bureau une fois par semaine. Elle \u00e9tait nouvelle comme lui; sauf qu\u2019elle, elle occupait un emploi jeune. D\u2019une voix timide, elle lui disait:<br \/>\n&#8211; Si Monsieur le directeur voulait signer les commandes\u2026<br \/>\n&#8211; Posez-les l\u00e0, agen\u00e7ait-il, d\u00e8s que j\u2019ai le temps\u2026 Et il souriait de son fauteuil, jusqu\u2019\u00e0 ce que la fille ait ferm\u00e9 la porte derri\u00e8re elle. \u00c1 cause de ses m\u00e8ches rouges, il la nomma dans son carnet: \u00ab N\u00b041: la coccinelle \u00bb.<br \/>\nEntour\u00e9e par un poign\u00e9e de meilleurs camarades, Mouche N\u00b01 s\u2019occupait du reste. Il finit par saisir le sens profond de la d\u00e9centralisation et s\u2019autod\u00e9clara chef de projet.<br \/>\nLes bons exemples trouvent autant de suites que les mauvais; le nouveau directeur nota bient\u00f4t dans ses colonnes quinze nouveaux chefs de projets.<br \/>\nCela fit au total seize.<br \/>\nIl f\u00e9licita seize fois la formation des groupes de recherches sp\u00e9cialis\u00e9es dans des disciplines particuli\u00e8res. Sans le moindre souci.<br \/>\nDivise et r\u00e8gne!<br \/>\n\u00ab C\u2019est m\u00eame pas moi qui les ai divis\u00e9s, constata-t-il, ils se sont divis\u00e9s de leur propre gr\u00e9 \u00bb!<br \/>\n\u00c1 des milliers d\u2019ann\u00e9es-lumi\u00e8re des chamailleries terre \u00e0 terre des quarante chercheurs divis\u00e9s, il s\u2019unissait aux trois pr\u00e9sidents de dix-sept associations diff\u00e9rentes, autour d\u2019une table campagnarde, dans une sympathique auberge. Certains soirs, dans cette m\u00eame auberge, il plongeait comme un sous-marin dans les profondeurs indescriptibles des jolis yeux de la charmante Coccinelle qui, emploi jeune ou pas, est devenue rapidement une m\u00fbre titulaire.<br \/>\n\u00c0 qui la chance sourit, croit au m\u00e9rite\u2026<\/p>\n<p>Prends pas cet air!<\/p>\n<p>\u00ab Envol\u00e9e \u00bb, nota-t-il quelques mois plus tard derri\u00e8re le N\u00b041, car Coccinelle s\u2019\u00e9tait envol\u00e9e sous d\u2019autres cieux avec un v\u00e9t\u00e9rinaire.<br \/>\nUne autre entra dans son bureau. Celle-l\u00e0 ne risquait pas d\u2019\u00eatre invit\u00e9e \u00e0 aucune auberge!<br \/>\n&#8211; Ils sont l\u00e0, exulta-t-elle de toute sa force; et la force, elle en avait!<br \/>\nLe nouveau 41 pesait lourd dans le laboratoire: non seulement \u00e0 cause de ses kilos, plus nombreux que ceux de ses cong\u00e9n\u00e8res, mais aussi par son poids symbolique, bien plus important encore, du fait qu\u2019elle \u00e9tait l\u2019honorable \u00e9pouse du maire.<br \/>\n&#8211; Qui sont l\u00e0?<br \/>\n&#8211; Personne! Cent-vingt ordinateurs neufs!<br \/>\n&#8211; Avais-je sign\u00e9\u2026? Tenta-t-il de questionner Madame la secr\u00e9taire.<br \/>\n&#8211; Peu importe! Vous les avez, vous signerez apr\u00e8s.<br \/>\nBien qu\u2019au d\u00e9part il ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9ticent vis-\u00e0-vis des ordinateurs, se demandant avec Renard \u00e0 quoi leur serviraient des machines \u00e0 \u00e9crire am\u00e9lior\u00e9es, il les avait peu \u00e0 peu approch\u00e9s. Les premiers \u00e9taient des monstres! Ils te prenaient la place, mangeaient de la poussi\u00e8re, ronronnaient. Mais on pouvait s\u2019amuser \u00e0 leur bidouiller des programmes, ils t\u2019ob\u00e9issaient. De ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, Charles Olamona de Caries les avait plut\u00f4t appr\u00e9ci\u00e9s.<br \/>\nAu laboratoire encore sans nom, Z\u00e9non Bonifacio avait organis\u00e9 des stages en informatique, faisait venir des ing\u00e9nieurs, des techniciens, pour que tout le monde comprenne comment fonctionne un traitement de texte. Au cas o\u00f9. On ne s\u2019\u00e9pargne pas du progr\u00e8s. Mais au laboratoire sans nom, cela n\u2019int\u00e9ressait personne.<br \/>\nQuant au progr\u00e8s, il s\u2019en fichait de Bonifacio, des quarante chercheurs, de Renard, et m\u00eame de son assistant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9: le progr\u00e8s passait la vitesse sup\u00e9rieure et il progressait.<br \/>\nIl nous donna le mobile et le www.<br \/>\nEn pleine r\u00e9volution des puces, Madame la secr\u00e9taire amena son directeur dans le d\u00e9p\u00f4t logistique qui, gr\u00e2ce \u00e0 elle, ne baillait plus le vide, mais \u00e9tait rempli de cartons, d\u2019emballages, d\u2019ouvriers.<br \/>\nUn ordinateur portable brillait sous leurs yeux, l\u2019informaticien lou\u00e9 par la mairie venait juste de l\u2019initialiser:<br \/>\n&#8211; Regardez-moi \u00e7a, Monsieur le directeur! Un clic par-l\u00e0 et sur votre \u00e9cran plat, le monde entier!<br \/>\nTouch\u00e9 par la surprise que lui avait r\u00e9serv\u00e9e sa nouvelle secr\u00e9taire N\u00b041, rebaptis\u00e9e dans son carnet \u00ab Mme Bulldozer \u00bb, Charles Olamona de Caries emporta sur-le-champ l\u2019esth\u00e9tique appareil.<br \/>\nDans son bureau, comme dans celui de la secr\u00e9taire, furent install\u00e9s des \u00e9crans g\u00e9ants int\u00e9gr\u00e9s par tout ce qui pouvait l\u2019\u00eatre; les autres, \u00e0 dimension variable, all\u00e8rent tapisser l\u2019espace l\u00e0 o\u00f9 Bulldozer le souhaitait.<br \/>\nModernisation accomplie, le quotidien reprenait.<br \/>\nRegard errant sur ses \u00e9crans, ses clefs USB, ses scanners-imprimantes-photocopieuses, son t\u00e9l\u00e9phone illimit\u00e9, Charles Olamona de Caries r\u00e9alisa que, contre toute attente, il s\u2019ennuyait.<\/p>\n<p>Toi, tu ne t\u2019ennuies jamais?<\/p>\n<p>Miracle! Les quarante chercheurs s\u2019activaient. Maintenant que chacun avait un ordinateur portable, ils se sentaient branch\u00e9s!<br \/>\nQuel plaisir d\u2019envoyer un petit mot \u00e0 son co\u00e9quipier! L\u2019interroger au sujet des andouillettes que l\u2019on venait de manger. Il te r\u00e9pond illico:<br \/>\n&#8211; T\u2019as vu mon \u00e9motic\u00f4ne?<br \/>\n&#8211; Mrd.<br \/>\n&#8211; Lol.<br \/>\nQuel plaisir de cr\u00e9er ses pseudos! Car le pseudo n\u2019est pas ton nom; et puisqu\u2019il n\u2019est pas ton nom, on ne sait pas qui tu es; et comme on ne sait pas qui tu es, co\u00e9quipier ou pas, tu t\u2019exprimes encore mieux, pas vrai?<br \/>\nMouche N\u00b022, la plus dou\u00e9e des f\u00e9minines, nomm\u00e9e \u00ab comm\u00e8re \u00bb dans le carnet du nouveau directeur, avait r\u00e9ussi \u00e0 compl\u00e9ter ses phrases par des images; les photos num\u00e9riques prises par son t\u00e9l\u00e9phone mobile ont connu un fulminant succ\u00e8s.<br \/>\nMotiv\u00e9 par l\u2019ardeur d\u2019une comp\u00e9tition anonyme ascendante, Mouche N\u00b01 et son \u00e9quipe leader ne tard\u00e8rent pas emprunter le cam\u00e9scope \u00e0 Bulldozer. Les souris bondirent, les rats se bouscul\u00e8rent. Les cristaux liquides des coll\u00e8gues firent na\u00eetre les jours suivants un court m\u00e9trage obstin\u00e9ment r\u00e9aliste en science naturelle\u2026<\/p>\n<p>Qu\u2019en dis-tu, du progr\u00e8s?<\/p>\n<p>Tandis que chacun essayait d\u2019entrer dans l\u2019ordinateur d\u2019un autre &#8211; en vain, car une seule personne avait le code pour cela et, en espion discret, b\u00e2tissait une prometteuse documentation dans son bureau de secr\u00e9taire &#8211; le directeur Charles Olamona de Caries r\u00e9fl\u00e9chissait.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait bien la premi\u00e8re fois qu\u2019il abordait les grandes questions existentielles. Jusqu\u2019ici, il n\u2019en avait pas ressenti le besoin. Sa route \u00e9tait trac\u00e9e par une fl\u00e8che. Sa fl\u00e8che le guidait tout droit vers une premi\u00e8re place o\u00f9 qu\u2019il pass\u00e2t.<br \/>\nPremier n\u00e9 de braves parents entre deux mondiales de guerre, premier dans toutes ses classes, major de promotion universitaire, premier homme de sa femme (jusqu\u2019\u00e0 le croire unique, tiens!), premier assistant du Renard et premier \u00e0 un concours qui avait failli, pour la premi\u00e8re fois, par erreur, le r\u00e9trograder en deuxi\u00e8me\u2026<br \/>\nJustice rendue \u00e0 qui l\u2019on doit, il \u00e9tait plus que jamais le premier!<br \/>\nAlors, il se dit qu\u2019il pourrait briller beaucoup plus que tous les \u00e9crans de Bulldozer r\u00e9unis!<br \/>\n\u00ab Imagine que tu inventes quelque chose \u00e0 quoi personne n\u2019avait pens\u00e9 avant toi. Tu serais L\u2019archi Premier!\u00bb<br \/>\nSon subconscient l\u2019interrogeait tout bas:<br \/>\n&#8211; Mais qu\u2019est-ce que tu veux inventer, mon Charles, dans ce bordel?<br \/>\nIl lui r\u00e9pondit:<br \/>\n&#8211; \u00c9coute-moi, j\u2019ai une id\u00e9e!<br \/>\nEt comme pour montrer \u00e0 Subconscient qu\u2019il ne laisserait pas passer l\u2019Id\u00e9e, il quitta son bureau pour le terrain. Il choisit la salle de travail num\u00e9ro 1 (quelle autre?), ordonna de la vider dans les plus brefs d\u00e9lais. Plus le moindre chercheur n\u2019exp\u00e9rimentait quoi que ce soit dans cette salle, ce qui l\u2019arrangeait. Second\u00e9 par l\u2019enthousiaste Bulldozer, il obtint en quelques semaines un \u00e9quipement ultra performant pour lui seul.<br \/>\nLe temps d\u2019esquisser une th\u00e9orie.<br \/>\nDe mettre au point des stratag\u00e8mes.<br \/>\nCar Charles Olamona de Caries \u00e9tait un homme m\u00e9thodique: il savait g\u00e9rer la flamme de ses motivations pour qu\u2019elles ne consomment pas trop. Un \u00e9colo, en quelques sorte.<br \/>\nLes Mouches restaient bouche b\u00e9e.<br \/>\nDe m\u00eame \u00e0 la r\u00e9union o\u00f9 il annon\u00e7a l\u2019obligation pour chaque groupe de pr\u00e9senter d\u00e9sormais l\u2019\u00e9tat des recherches qu\u2019il menait. De m\u00eame dans les couloirs o\u00f9 Bulldozer placardait les dates pr\u00e9vues pour ces assembl\u00e9es. De m\u00eame \u00e0 la premi\u00e8re, retenue comme extraordinaire, en pr\u00e9sence de quelques invit\u00e9s, et qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e pour son propre expos\u00e9.<br \/>\nDieu tout puissant, quel succ\u00e8s!<br \/>\nQuels applaudissements, pour la troisi\u00e8me fois que Charles Olamona de Caries y mettait les pieds! Personne n\u2019y comprenait rien, l\u2019extravagante journaliste du R\u00e9gional encore moins, mais tout le monde applaudissait.<br \/>\nSa photo parut dans la presse avec un article absolument \u00e9difiant sur les neuroleptiques de demain\u2026<br \/>\n&#8211; D\u00e9lire! \u00c9lucubration, zinzinna Comm\u00e8re, am\u00e8re. Mouche N\u00b01 souffla:<br \/>\n&#8211; Il s\u2019est jur\u00e9 de nous couper les ailes!<br \/>\n&#8211; Nous allons dire quoi, nous? L\u2019interrogea son meilleur co\u00e9quipier.<br \/>\n&#8211; Bof. Des r\u00e9sum\u00e9s.<br \/>\n&#8211; De quoi donc? Demanda co\u00e9quipier.<br \/>\n&#8211; De ce dont Google voudra bien nous informer!<br \/>\nTout se sait, et vite; Charles Olamona de Caries re\u00e7ut 96 f\u00e9licitations \u00e9crites. Parmi elles, un petit mot du Renard: \u00ab Fier de toi, j\u2019avais raison, ton vieux ma\u00eetre \u00bb. La 97\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas sous enveloppe: c\u2019est Subconscient qui l\u2019avait envoy\u00e9e: \u00ab Tu nous tournes l\u00e0, mon Charles, un dr\u00f4le de man\u00e8ge! \u00bb \u00c0 celle-l\u00e0 seule il r\u00e9pondit: \u00ab Vois-tu, je m\u2019appr\u00eate \u00e0 devenir une vedette! \u00bb<br \/>\n\u00ab Via c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00bb, sourit silencieusement sa fl\u00e8che.<\/p>\n<p>En retard, R\u00e9becca, pour que tes talons clapotent ainsi au galop?<br \/>\nTu te d\u00e9p\u00eaches?<\/p>\n<p>La main dans la main, ils avanc\u00e8rent lentement vers le laboratoire. Non, ils n\u2019\u00e9taient pas des cobayes humains, comme certains pouvaient le croire, mais des stagiaires.<br \/>\nFils unique de Monsieur le pr\u00e9fet, fille unique de Monsieur le sous-pr\u00e9fet, ils se connaissaient depuis qu\u2019ils \u00e9taient n\u00e9s. Ils se regardaient dans leurs berceaux, jouaient ensemble, s\u2019endormaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te.<br \/>\nS\u2019\u00e9taient perdus de vue, s\u00e9par\u00e9s dans des \u00e9tablissements priv\u00e9s: plus de f\u00eates en familles, plus de r\u00e9ceptions, plus personne.<br \/>\nK\u00e9vin \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop maigre, K\u00e9vina venait de d\u00e9passer le XXL.<br \/>\nIls avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<br \/>\nIl s\u2019\u00e9tait fait tatouer un bel ours sur l\u2019\u00e9paule; elle, l\u2019ignorant, un c\u00e9leste papillon.<br \/>\nIls s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9s.<br \/>\nNon pas dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre d\u2019un coll\u00e8ge r\u00e9put\u00e9, mais au cin\u00e9ma d\u2019un petit quartier. K\u00e9vina \u00e9tait venue avec une copine improvis\u00e9e et la peur au ventre d\u2019ingurgiter encore une tonne de pop corns auxquels elle ne pourrait pas r\u00e9sister; par cons\u00e9quent, elle passerait le film \u00e0 vomir dans des toilettes mal \u00e9clair\u00e9es; K\u00e9vin y passait avec un copain, avant de s\u2019\u00e9chouer quelque part pour fumer des joints.<br \/>\n\u00c9tudes finies, ils revinrent.<br \/>\nPr\u00e9fet et sous-pr\u00e9fet ne revenaient plus, mais c\u00e9daient.<br \/>\nIls les inscrivirent \u00e0 un stage au laboratoire Bonifacio, o\u00f9 la signature de Charles Olamona de Caries n\u2019\u00e9tait pas pour autant sold\u00e9e.<br \/>\n&#8211; Songez-vous \u00e0 vous installer?<br \/>\n&#8211; Nous ne songeons, Monsieur, qu\u2019\u00e0 nous installer.<br \/>\n&#8211; Alors, je vais vous montrer l\u2019endroit o\u00f9 se d\u00e9cide la composition du si\u00e8cle que vous vendrez demain dans votre pharmacie!<br \/>\n&#8211; Waouh! S\u2019\u00e9cria K\u00e9vina devant les pipettes.<br \/>\n&#8211; Cool! S\u2019exprima K\u00e9vin. \u00cates-vous d\u00e9j\u00e0 au point?<br \/>\n&#8211; Oh, mes chers! Je vous montre cette salle pour que vous la voyiez; ce qui mijote dans mes marmites, c\u2019est top secret! Except\u00e9 mon domaine, consid\u00e9rez-vous libres d\u2019\u00e9tudier ce qu\u2019il vous pla\u00eet. Juste un conseil: ne parlez pas aux autres! Prudence, aucune confidence! Regardez plut\u00f4t la t\u00e9l\u00e9 chez Madame le maire, baladez-vous dehors, sur le Net, j\u2019ai un espace bonobo, dix-sept rigolos, vous \u00eates gentils, allez jouer avec!<br \/>\n&#8211; Cool, s\u2019exprima de nouveau le gar\u00e7on. Trop sympa, le mec!<br \/>\n&#8211; Mais, il pique les petits singes! Riposta soudain la fille attrist\u00e9e.<br \/>\n&#8211; Tu sais bien que \u00e7a ce fait! De partout. Tu le sais!<br \/>\nIls all\u00e8rent d\u2019abord vers les cages; puis, dans un coin o\u00f9 jadis Z\u00e9non Bonifacio se cachait pour se soulager, ils s\u2019embrass\u00e8rent.<br \/>\nElle retrouva son sourire d\u2019enfance.<\/p>\n<p>&#8211; Et toi?<br \/>\n&#8211; T\u2019as aussi un p\u2019tit copain?<\/p>\n<p>Un peu plus tard, K\u00e9vin et K\u00e9vina ouvrirent leur pharmacie de r\u00eave, puis trois millions arriv\u00e8rent sur le compte en banque du laboratoire exemplaire. Contribution au d\u00e9veloppement durable.<br \/>\n&#8211; D\u2019o\u00f9? Demanda le nouveau directeur \u00e0 sa secr\u00e9taire.<br \/>\n&#8211; De l\u00e0-haut, lui r\u00e9pondit-elle, de si haut que plus haut, il n\u2019y a que le ciel\u2026<br \/>\nSur une \u00eele verte, au milieu d\u2019un oc\u00e9an lointain, se retrouv\u00e8rent aussit\u00f4t: Charles et Charl\u00e8ne Olamona de Caries, Bulldozer et Monsieur le maire.<br \/>\nLes plages \u00e9taient divertissantes.<br \/>\nLe golf, passionnant.<br \/>\nLe paysage, resplendissant.<br \/>\nLa nourriture, abondante.<br \/>\nLes nuits, reposantes.<br \/>\nEntre-temps, un courrier apparut dans les e-mails des restants: \u00ab Savez-vous, ch\u00e8res cons\u0153urs, chers confr\u00e8res, qu\u2019il y a 500 000 000 d\u2019ann\u00e9es, il existait une esp\u00e8ce invert\u00e9br\u00e9e qui mesurait 2 m\u00e8tres de long et portait ses yeux sur la t\u00eate? Il vivait dans l\u2019eau; son pseudo: \u00ab monstre de la mer \u00bb. Anomalocaris, cela ne vous rappelle rien? \u00bb<br \/>\nIls attribu\u00e8rent \u00e0 99% la trouvaille \u00e0 Comm\u00e8re, ce qui lui valut une augmentation en cons\u00e9quence; l\u2019exp\u00e9diteur v\u00e9ritable restait muet. Seuls les \u00e9crans parl\u00e8rent. Ils vibr\u00e8rent d\u2019une traque spontan\u00e9ment orchestr\u00e9e, o\u00f9 les p\u00eacheurs virtuels s\u2019adonn\u00e8rent \u00e0 des heures de complicit\u00e9 sans faille dans l\u2019esprit festif d\u2019une union renforc\u00e9e contre l\u2019ennemi public num\u00e9ro 1, en l\u2019occurrence, Anomalocaris; ou, plus famili\u00e8rement, Anomalo le monstrueux\u2026<br \/>\nRentr\u00e9 plus beau que jamais, Charles Olamona de Caries fut film\u00e9 pr\u00e8s du lac du ch\u00e2teau m\u00e9di\u00e9val; une centaine de personnalit\u00e9s y d\u00e9fil\u00e8rent pour un inoubliable cocktail.<\/p>\n<p>La t\u00e9l\u00e9, R\u00e9becca, t\u2019imagines!<br \/>\nLa t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, au coucher du soleil bien arros\u00e9, les gros nuages sembl\u00e8rent se liguer contre ce cocktail t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, y pr\u00e9cipitant la foudre, le tonnerre et une pluie glac\u00e9e.<br \/>\nLes voitures de c\u00e9r\u00e9monie d\u00e9marr\u00e8rent, les invit\u00e9s mouill\u00e9s se dispers\u00e8rent, les deux Olamona retourn\u00e8rent chez eux.<br \/>\nCharl\u00e8ne se pr\u00e9cipita vers les volets.<br \/>\nExcit\u00e9 du monde qu\u2019il venait de quitter et de l\u2019orage qui venait d\u2019arriver, Charles, \u00e9coutant ses instincts, posa ses mains sur les hanches de Charl\u00e8ne.<br \/>\n&#8211; Qu\u2019est-ce qui te prend? Sursauta-t-elle.<br \/>\n&#8211; Tu es ma femme et aujourd\u2019hui, c\u2019est mon anniversaire!<br \/>\n&#8211; Tu me laisses fermer? Je suis \u00e9puis\u00e9e!<br \/>\n&#8211; Epuis\u00e9e de quoi? La retourna-t-il face \u00e0 lui. Elle s\u2019\u00e9chappa.<br \/>\nLes gr\u00ealons tambourin\u00e8rent sur le toit.<br \/>\nIl prit une bouteille de liqueur et l\u2019entama.<br \/>\n&#8211; Tu es ferm\u00e9e comme tes volets, va!<br \/>\nElle ne l\u2019avait pas entendu, heureusement. Elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9loign\u00e9e pour se changer:<br \/>\n&#8211; Tout ce que tu as bu ce soir ne te suffit pas?<br \/>\n&#8211; C\u2019est toi, avec ton attitude de bourgeoise coinc\u00e9e, qui ne me suffis pas\u2026<br \/>\nElle l\u2019avait parfaitement entendu, cela. R\u00e9apparue dans sa robe de soir\u00e9e \u00e0 moitie d\u00e9boutonn\u00e9, elle le gifla de toute sa force de bourgeoise coinc\u00e9e.<br \/>\nPuis elle s\u2019enfuit vite \u00e0 l\u2019\u00e9tage, dans sa chambre, prit un somnif\u00e8re, une couverture sur sa t\u00eate, plus rien ne la d\u00e9passa.<br \/>\nIl versa de la liqueur dans un cristal cisel\u00e9, contempla le liquide couler vers le fond et rendre vert le verre. Il le posa.<br \/>\n&#8211; Je reviens, dit-il au cristal. Il prit une douche et revint. Reprit le verre et but. Quand le verre se vida, il recommen\u00e7a.<br \/>\nUn homme \u00e0 liqueur, \u00e7a existe. Voil\u00e0.<br \/>\nIl tira un rideau, ouvrit un volet. L\u2019orage battait son plein, des \u00e9clairs illuminaient en stroboscopie les troncs d\u2019arbres pr\u00e8s de la fen\u00eatre.<br \/>\nIl s\u2019allongea sur le canap\u00e9.<br \/>\nDes milliers de racines s&#8217;\u00e9tendirent sur le sol, s\u2019enlac\u00e8rent, gliss\u00e8rent, couliss\u00e8rent, travers\u00e8rent les murs, s\u2019abandonn\u00e8rent, se rejoignirent.<br \/>\nAssi\u00e9g\u00e8rent le canap\u00e9.<br \/>\nLes arbres articul\u00e8rent:<br \/>\n&#8211; Cette nuit, tu dormiras dans une for\u00eat.<br \/>\nSubconscient monta sur une branche:<br \/>\n&#8211; Charles, Charles, ne t\u2019endors pas!<br \/>\n&#8211; Je te croyais noy\u00e9, riposta son h\u00e9misph\u00e8re veilleuse. Fiche-moi la paix!<br \/>\n&#8211; Mais, c\u2019est quoi ton rem\u00e8de?<br \/>\n&#8211; Un neu-ro-d\u00e9-pres-seur.<br \/>\n&#8211; \u2018Y en a tellement!<br \/>\n&#8211; La presse se presse pour annoncer\u2026 que le docteur Charles Olamona de Caries\u2026 est \u00e0 deux pas\u2026 de r\u00e9aliser\u2026 une exceptionnelle cr\u00e9ation m\u00e9dicamenteuse\u2026, et tu oses encore m\u2019emb\u00eater?<br \/>\n&#8211; Dis seulement si c\u2019est un tube, une pommade, une ampoule ou un comprim\u00e9?<br \/>\n&#8211; Une g\u00e9lule.<br \/>\n&#8211; Tu en fais quoi?<br \/>\n&#8211; Tu retires les capsules, tu vois une poudre jaune, tu la dissous dans ce que tu veux, tu comptes jusqu\u2019au deux et tu te l\u2019envoies.<br \/>\n&#8211; C\u2019est tout? Et apr\u00e8s?<br \/>\n&#8211; Tu la fermes! Apr\u00e8s.<br \/>\n&#8211; \u00c1 quel intervalle?<br \/>\n&#8211; Tu la doses selon le poids de l\u2019individu givr\u00e9, et je te promets qu\u2019une seule prise le tranquillisera \u00e0 jamais!<br \/>\n&#8211; Tu le tues, Charles?<br \/>\n&#8211; Peut-\u00eatre\u2026 Je le soigne!<br \/>\n&#8211; Mais, r\u00e9fl\u00e9chis! Que vont-ils devenir tous, si ton truc marche? Tu penses \u00e0 la concurrence?<br \/>\n&#8211; Je n\u2019ai pas de concurrence, moi!<br \/>\n&#8211; Si! Qui que ce soit a de la concurrence! M\u00eame les voitures \u00e9lectriques, tant que le p\u00e9trole\u2026<br \/>\n&#8211; Stop!<br \/>\n&#8211; Tes alambics ronflent dans ta salle que Bulldozer t\u2019a pay\u00e9e avec je ne sais quoi! As-tu avanc\u00e9? Ou bien, ce ne sont que les ann\u00e9es qui passent?<br \/>\n&#8211; Cinquante\u2026, suis quelqu\u2019un\u2026, oui, de respect\u00e9 par la plupart\u2026, j\u2019ai mon travail\u2026, pas comme toi\u2026, ombre\u2026, tu vis tr\u00e8s bien, gr\u00e2ce \u00e0 moi\u2026, si un jour bonobos supporte la g\u00e9lule\u2026, l\u00e2che pas ta branche, sinon je tombe\u2026<\/p>\n<p>R\u00e9becca, tu r\u00eaves de quoi?<\/p>\n<p>&#8211; Quel beau bouquet!<br \/>\n&#8211; Il est pour vous!<br \/>\n&#8211; Des roses? Des roses roses! Comment savez-vous combien\u2026<br \/>\n&#8211; Intuition d\u2019un scientifique, Bull\u2026, Madame le maire!<br \/>\n&#8211; Oh, vous \u00eates assur\u00e9ment un gentleman!<br \/>\n&#8211; Ce n\u2019est rien.<br \/>\n&#8211; J\u2019ai aussi un petit cadeau pour vous!<br \/>\n&#8211; Non? Qu\u2019est-ce que c\u2019est?<br \/>\n&#8211; C\u2019est http, deux-points, slaches, slaches, double v\u00e9, double v\u00e9, double v\u00e9, point, machaine Bonifacio, point com.<br \/>\n&#8211; \u00c7a alors!<br \/>\nPas qu\u2019un joli site d\u2019art pour l\u2019art, avec des photos digitales des monuments historiques de la ville, de la fa\u00e7ade du laboratoire, la plaque du directeur, son portrait, le tableau du personnel d\u00e9vou\u00e9, mais \u00ab un outil indispensable de nos jours \u00bb, comme Bulldozer lui fit remarquer.<br \/>\n&#8211; Vous avez des logos, vous avez des liens. Notre logo \u00e0 nous, voyez-vous, ce cercle orange dans ce rectangle beige, se trouve d\u00e9j\u00e0 dans neuf mille cinq cent douze autres sites, de mon boucher jusqu\u2019aux meilleures cliniques \u00e9trang\u00e8res.<br \/>\n&#8211; Bravo!<br \/>\n&#8211; \u00c1 vous dire que nous sommes devenus plan\u00e9taires!<br \/>\n&#8211; Vous \u00eates un ange!<br \/>\n&#8211; Dans l\u2019Archive se trouve l\u2019histoire du laboratoire. Dans la Presse, vingt-huit articles rassembl\u00e9s, en commen\u00e7ant par le plus ancien. L\u00e0, c\u2019est le plus beau, c\u2019est la Vid\u00e9o! Le clip de votre interview au ch\u00e2teau.<br \/>\n&#8211; Ce ne pas un bouquet de roses que vous m\u00e9riteriez, mais des hectares de rosiers!<br \/>\n&#8211; Dans l\u2019Actualit\u00e9, j\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 quelques lignes sur nos stagiaires. Ce qui pourrait bien donner envie \u00e0 quelques-uns de nous contacter\u2026<br \/>\nGrand, grand Bulldozer!<br \/>\n&#8211; Vous savez, quand on prend une route chez moi, ce n\u2019est pas pour s\u2019arr\u00eater \u00e0 mi-chemin.<br \/>\nElle se chargea d\u00e8s lors des courriels qui arrivaient des cinq continents de la plan\u00e8te: elle les s\u00e9lectionnait, transf\u00e9rait certains \u00e0 son gentleman de directeur, lequel n\u2019avait ainsi rien d\u2019autre \u00e0 faire que cliquer sur les photos jointes pour choisir, quand il en avait envie, un ou deux nouveaux stagiaires\u2026<\/p>\n<p>Heureuse, R\u00e9becca?<br \/>\nA-t-il personnellement r\u00e9pondu au t\u00e9l\u00e9phone, Monsieur Olamona, \u00e0 ton quatre-vingt dix-neuvi\u00e8me appel?<\/p>\n<p>Eh, oui! Il y en a qui refusent d\u2019afficher sans fa\u00e7on leur visage dans des sph\u00e8res inconnues, mais pr\u00e9f\u00e8rent la chaleur palpable d\u2019une vive voix humaine\u2026<br \/>\nAttendre plut\u00f4t trois quarts d\u2019heure devant une porte, car on est tr\u00e8s occup\u00e9 derri\u00e8re, mais \u00eatre re\u00e7u dans son petit tailleur, s\u2019asseoir en face, r\u00e9pondre aux questions, parler de soi, guetter le regard, s\u2019adapter.<br \/>\nSe dire que \u00e7a a march\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Te souviens-tu des dix minutes de ton premier rendez-vous d\u2019entretien?<\/p>\n<p>Un aussi agr\u00e9able matin qu\u2019aujourd\u2019hui, quand le Soleil se levait presque souriant et que l\u2019univers semblait \u00eatre en bon accord avec lui-m\u00eame, Charles Olamona de Caries quitta sa voiture au parking du laboratoire, tourna \u00e0 gauche, tourna \u00e0 droite, histoire de voir qui le verrait, mais comme personne n\u2019\u00e9tait \u00e0 proximit\u00e9, se dirigea droit vers les escaliers, monta les marches, arriva \u00e0 la plate-forme, o\u00f9 une pens\u00e9e le saisit si fort qu\u2019elle s\u2019\u00e9chappa par sa bouche:<br \/>\n&#8211; Mon laboratoire!<br \/>\nIl n\u2019avait pas tort. Depuis peu, le laboratoire Bonifacio lui appartenait avec cinquante trois pour cent des actions; Bulldozer en avait vingt, l\u2019\u00c9tat d\u00e9tenait encore les vingt sept pour cent restants.<br \/>\nCertaines Mouches, incit\u00e9es par l\u2019infatigable Mouche N\u00b01, voltigeaient dans tous les sens, comme si le laboratoire \u00e9tait repeint de miel; mais le Conseil d\u2019Administration refusait cat\u00e9goriquement toute proposition venant de ce genre de personnel. \u00c0 chacun sa place. Nous, entre nous. Les Mouches entre Mouches. Pas de confusion, s\u2019il vous pla\u00eet.<br \/>\nLe Soleil brillait donc. Subconscient au fond de la poche condamn\u00e9 au silence \u00e0 perp\u00e8te, Charles Olamona de Caries se f\u00e9licitait sur la plate-forme de son laboratoire, lorsqu\u2019un \u00eatre \u00e0 tout le moins inattendu tomba du ciel.<br \/>\nJuste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<br \/>\n&#8211; Cherchez-vous quelqu&#8217;un? Balbutia-t-il interdit.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait une femme, dans une robe blanche toute simple.<br \/>\n&#8211; Bonjour, Monsieur, je cherche le responsable de cet \u00e9tablissement.<br \/>\n&#8211; Bonjour. Madame, Mademoiselle?<br \/>\n&#8211; Madame.<br \/>\n&#8211; Tr\u00e8s bien. Charles Olamona de Caries, PDG.<br \/>\n&#8211; Marie Duciel. Enchant\u00e9e.<br \/>\n&#8211; Vous avez un joli nom, Madame Marie Duciel, enchant\u00e9. En quoi puis-je vous \u00eatre utile?<br \/>\n&#8211; Je suis charg\u00e9e par le CMC d\u2019\u00e9tudier les effets secondaires des traitements neuroleptiques selon un programme de\u2026<br \/>\n&#8211; Ah! Vous \u00eates du Comit\u00e9 Mondial des Contr\u00f4les?!<br \/>\n&#8211; Comme je vous le disais. Nous \u00e9valuons les crit\u00e8res de tol\u00e9rance proportionnels aux diff\u00e9rentes esp\u00e8ces\u2026<br \/>\nMais Charles Olamona de Caries n\u2019entendit \u00e0 ce moment que la douceur d\u2019une voix c\u00e9leste, vit un visage captivant loin des grilles mondialement \u00e9tablies, sentit un parfum de lys et devint blanc comme la robe de Marie Duciel, puis rouge comme l\u00e0-haut, le Soleil.<br \/>\n&#8211; Oh! Subconscient gratta sa prison de poche:<br \/>\n&#8211; Je veux te parler, Charles, c\u2019est urgent! Euh, ne m\u2019\u00e9trangle pas, elle est belle, cette Marie, elle l\u2019est, oui\u2026, attentiooon\u2026<br \/>\nIl retira sa main de sa poche, relaxa discr\u00e8tement ses doigts et, d\u2019un geste chaleureusement confraternel, effleura l\u2019\u00e9paule de Marie:<br \/>\n&#8211; Je vous en prie, entrez!<\/p>\n<p>\u00c9blouie par la richesse des \u00e9l\u00e9ments de quasi-perfection r\u00e9unis dans ce lieu d\u2019exp\u00e9rience, fr\u00e9missante, frissonnante, touch\u00e9e jusqu\u2019au bord de l\u2019\u00e9vanouissement, R\u00e9becca, jamais vu une aussi belle salle avec un aussi bel homme dedans?<\/p>\n<p>Marie \u00e9tait distante.<br \/>\nMarie \u00e9tait toujours distante.<br \/>\nCharles Olamona de Caries s\u2019\u00e9tait promis de r\u00e9duire \u00e0 z\u00e9ro cette distance.<br \/>\nIl installa Marie dans un bureau pr\u00e8s du sien, alla la voir aussi souvent qu\u2019il le pouvait.<br \/>\nMarie passait de longues heures avec les animaux, une petite souris dans la main. Elle l\u2019appela \u00ab Nanoue \u00bb, la petite souris l\u2019\u00e9coutait. Fred, le joyeux bonobo hyperactif et le gros Oscar, hyper paresseux, la suivaient partout comme des gardes du corps fid\u00e8les. Assise sur l\u2019herbe, elle prenait ses notes au jardin.<br \/>\nCharles Olamona de Caries s\u2019y rendait rarement, cet \u00ab enfantillage \u00bb l\u2019aga\u00e7ait.<br \/>\n&#8211; Vous \u00eates adorable, Marie, mais il ne faut pas vous attacher!<br \/>\n&#8211; Pourquoi me dites-vous \u00e7a?<br \/>\n&#8211; Vous leurs parlez plus qu\u2019aux humains!<br \/>\n&#8211; Peut-\u00eatre.<br \/>\n&#8211; Vous les dorlotez, les cajolez comme des enfants, alors que ce sont des objets d\u2019exp\u00e9riences!<br \/>\n&#8211; Une bonne raison de le faire.<br \/>\n&#8211; Tous ceux qui sont l\u00e0, vous le savez mieux que quiconque, y resteront \u00e0 jamais, alors que vous, un beau jour, vous partirez!<br \/>\n&#8211; C\u2019est vrai.<br \/>\nMais elle ne dit pas quand.<br \/>\nIl composait et recomposait sa poudre jaune, faisait bouillir des mixtures dans cent r\u00e9cipients. Ses journ\u00e9es passaient trop vite et pas assez, sa montre tournait au rythme de revoir Marie, de lui parler.<br \/>\nPour dire quoi?<br \/>\nDans ses heures creuses, il \u00e9bauchait divers sc\u00e9narii.<br \/>\nSc\u00e9nario N\u00b01: un homme puissant s\u00e9duit une belle femme assez puissante.<br \/>\nSc\u00e9nario N\u00b02: un homme puissant qui a, de plus, un humour irr\u00e9sistible, fait rire une belle femme assez puissante, presque irr\u00e9sistible.<br \/>\nSc\u00e9nario N\u00b03: un homme puissant qui a, de plus, un humour irr\u00e9sistible, avoue \u00e0 quel point il se sent seul, \u00ab Oh! Marie, si vous saviez \u00bb\u2026.<br \/>\nTrois sc\u00e9narii rejet\u00e9s.<br \/>\n&#8211; Qu\u2019est-ce que que cette femme? Se demanda-t-il d\u00e9sarm\u00e9. Elle ne fait que son travail, apr\u00e8s elle s\u2019en va; impossible de l\u2019emmener o\u00f9 que ce soit; mais au fait, pour qui elle se prend, cette envoy\u00e9e du comit\u00e9 des comiques, je n\u2019en reviens pas\u2026<br \/>\nAu sc\u00e9nario suivant, un homme puissant avait perdu son irr\u00e9sistible humour et pestait dans sa solitude:<br \/>\n&#8211; Tu veux des effets secondaires? Tu les auras!<br \/>\nIl ne songeait alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tonnement g\u00e9n\u00e9ral et surtout \u00e0 celui de cette femme, quand il sortirait sa poudre jaune d\u00e9finitive de sa salle d\u2019exp\u00e9rience.<br \/>\n&#8211; D\u00e9brouille-toi, mon vieux, se disait-il chaque jour, allez, allez, fonce pendant qu\u2019elle est encore l\u00e0!<\/p>\n<p>Ressaisis-toi, R\u00e9becca!<br \/>\nIgnorer le pass\u00e9, c\u2019est m\u00e9conna\u00eetre le pr\u00e9sent\u2026<\/p>\n<p>Arriva le jour o\u00f9 il appela le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone interne de Marie, au bureau pr\u00e8s du sien:<br \/>\n&#8211; Tout est pr\u00eat, dit-il d\u2019un ton presque indiff\u00e9rent. Mais ce serait un plaisir pour moi que vous soyez la premi\u00e8re, vous et personne d\u2019autre, \u00e0 d\u00e9couvrir mon invention. Alambic 51. Allez le voir, vous avez la porte ouverte!<br \/>\n&#8211; Va, Marie, va dans la salle N\u00b01, ouvre l\u2019alambic 51 et reviens me dire ce que tu en penses! Sinon, dans quelques instants, je te rejoins\u2026<br \/>\nMarie Duciel n\u2019eut pas le temps d\u2019en penser quoi que ce soit, car l\u2019alambic n\u00b051 pos\u00e9 sur un plateau de refroidissement d\u00e9gageait une tonne de nuages infects; elle recula, sa silhouette brod\u00e9e d\u2019\u00e9tincelles\u2026 Quand les secours arriv\u00e8rent, des flammes violettes l\u00e9chaient goul\u00fbment le plateau et le reste. Les n\u00e9ons p\u00e9taient, leurs \u00e2mes jaun\u00e2tres se vidaient. Une fum\u00e9e noire se r\u00e9pandait dans la pi\u00e8ce, l\u00e0-dedans, le Diable \u00e9tait \u00e0 la f\u00eate.<br \/>\nComme les coll\u00e8gues dehors, courus au premier bruit renifler les nouvelles\u2026<br \/>\n&#8211; Putain! Disaient-ils tout bas en voyant approcher Charles Olomona de Caries, le PDG.<br \/>\nBulldozer discutait avec les pompiers. C\u2019est elle qui les avait appel\u00e9s. Elle tapota le front de Marie au-dessus d\u2019un masque \u00e0 oxyg\u00e8ne, remonta sa couverture de survie gliss\u00e9e sur le brancard, caressa ses cheveux \u00e9parpill\u00e9s:<br \/>\n&#8211; Vous n\u2019allez pas nous mettre dans l\u2019embarras, petite!<br \/>\nLes yeux ferm\u00e9s de Marie Duciel commen\u00e7aient s\u00e9rieusement \u00e0 l\u2019inqui\u00e9ter:<br \/>\n&#8211; Qu\u2019est-ce qu\u2019elle voulait faire dans votre salle? Demanda-t-elle en se tournant vers son directeur.<br \/>\n&#8211; Je ne sais pas. Vous savez que je ne donne l\u2019autorisation \u00e0 personne! Sauf \u00e0 la femme de m\u00e9nage, mais elle, elle y est habitu\u00e9e. Elle aurait d\u00fb \u00eatre l\u00e0! O\u00f9 est-elle, Messieurs?<br \/>\n&#8211; \u00c7a\u2026, r\u00e9pondit le m\u00e9decin, si elle \u00e9tait au fond de la salle, \u00e7a m\u2019\u00e9tonnerait\u2026<br \/>\n&#8211; Mon Dieu! S\u2019\u00e9cria Bulldozer, boulevers\u00e9e.<br \/>\nCharles Olamona de Caries contemplait \u00e0 distance la pauvre petite contr\u00f4leuse allong\u00e9e:<br \/>\n&#8211; Fallait pas, Marie, fallait pas\u2026<br \/>\nLes marins s\u2019en all\u00e8rent, leur gyrophare crachait du bleu, leurs sir\u00e8nes hurlaient et dans leur voiture, Marie Duciel dormait.<br \/>\nLes sapeurs \u00e9teignirent le feu et laiss\u00e8rent la place aux agents du service d\u2019ordre qui arriv\u00e8rent.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait bien un accident de travail \u00e0 \u00e9lucider.<br \/>\nCe fut bien un accident de travail jamais \u00e9lucid\u00e9.<br \/>\nLa femme de m\u00e9nage, absente ce jour-l\u00e0, fut licenci\u00e9e le lendemain; elle fut sans doute la premi\u00e8re femme de m\u00e9nage \u00e0 toucher un parachute dor\u00e9.<\/p>\n<p>Crois-tu, R\u00e9becca, que chaque chose ait sa v\u00e9rit\u00e9?<\/p>\n<p>Prestige oblige, la salle de Monsieur le directeur fut rapidement nettoy\u00e9e, purifi\u00e9e, restaur\u00e9e, agrandie m\u00eame, c\u00f4t\u00e9 jardin, pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9.<br \/>\nSuite \u00e0 ce regrettable incident, mentionn\u00e9 en deux lignes dans la presse, la vie continuait.<br \/>\nLa vie de Marie planait entre la terre et le ciel, loin d\u2019ici o\u00f9 tout le monde se faisait un devoir de l\u2019oublier\u2026<br \/>\nL\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s, exactement \u00e0 No\u00ebl, quand on s\u2019ach\u00e8te foie gras, caviar, poissons, dindes, chapons, grandes cuv\u00e9es, grands champagnes, b\u00fbches, glaces, treize desserts, et qu\u2019on offre des cadeaux somptueux aux enfants pour qu\u2019ils se souviennent qu\u2019ils sont les prog\u00e9nitures de g\u00e9n\u00e9reux chr\u00e9tiens, Charl\u00e8ne Olamona de Caries, install\u00e9e dans son fauteuil, alluma la t\u00e9l\u00e9vision pour \u00eatre servie d\u2019une messe. Les images de l\u2019info se jetaient encore les unes sur les autres; elle coupa le son quand soudain, elle vit une femme assise devant un piano; elle remonta le son, et toute la famille Olamona entendit un extrait de Nocturne en C Mineur de Chopin.<br \/>\n&#8211; Qui est-ce? Consommatrice des grands concerts, elle s\u2019\u00e9tonna de ne pas pouvoir caser cette personne qui jouait pourtant en virtuose. Quelqu\u2019un la conna\u00eet? Demanda-t-elle \u00e0 l\u2019assistance.<br \/>\n&#8211; Comme elle est belle, fit son fils de seize ans, regardez-l\u00e0, comme elle est belle!<br \/>\n&#8211; Ah! Se tourna son p\u00e8re, vers l\u2019\u00e9cran du home cin\u00e9ma: bon go\u00fbt fiston, bon go\u00fbt! Une comme celle-l\u00e0, je te la souhaite!<br \/>\nQuand elle disparut de l\u2019\u00e9cran, le journaliste annon\u00e7a le calendrier et les salles de ses prochains concerts \u00e0 travers le monde entier.<br \/>\n&#8211; Vivement la messe, pensa Charles Olamona de Caries; il sirota quelques gorg\u00e9es de son verre, \u00e9tira sa poitrine en patriarche accompli, \u00ab imp\u00e9n\u00e9trable \u00bb, r\u00e9p\u00e9ta en silence apr\u00e8s l\u2019archev\u00eaque\u2026 Et comment! Tu t\u2019es r\u00e9incarn\u00e9e en pianiste, Marie Duciel?<\/p>\n<p>Tu t\u2019en fiches?<br \/>\nR\u00e9becca, R\u00e9becca, tu ne serais en aucune vie Marie Duciel!<\/p>\n<p>Pourtant tu t\u2019appliques\u2026<br \/>\nDos contre le frigo, tu \u00e9coutes, on ne peut plus attentivement, le dosage en milligrammes de sept plantes, fra\u00eechement arriv\u00e9es de chez les sous-d\u00e9velopp\u00e9s pour finir leur vie de plante en cachets.<br \/>\nBlancs comme la plupart des cachets et, pour que v\u00e9rit\u00e9 soit dite, ne produisant que des effets comparables \u00e0 ceux de n\u2019importe quels autres neuroleptiques. Si Subconscient les voyait, il serait mdr, mais Subconscient \u00e9tait depuis longtemps achev\u00e9\u2026<br \/>\nTes l\u00e8vres trop rouges s\u2019entrouvrent lentement:<br \/>\n&#8211; C\u2019est g\u00e9nial, votre m\u00e9lange! Tes ongles trop rouges se font voir ramenant tes mains l\u2019une sur l\u2019autre par-devant, tes seins se dressent, quelqu\u2019un transpire dans ton tailleur, tu es une fausse mince, R\u00e9becca!<br \/>\nIl t\u2019approche \u00e0 deux centim\u00e8tres:<br \/>\n&#8211; Que veux-tu? Ce que tu vois ici, c\u2019est le fruit de vingt cinq ans d\u2019exp\u00e9rience!<br \/>\nTu lui hal\u00e8tes au visage. Tu ne sais pas \u00e0 quoi il pense. Alors tu penses qu\u2019il pense\u2026<br \/>\n&#8211; Quel \u00e2ge as-tu? L\u2019\u00e2ge de mes exp\u00e9riences? Il se penche, tu montes sur la pointe des pieds, il t\u2019embrasse\u2026<br \/>\nIl pense que la mati\u00e8re premi\u00e8re revient aux sous-d\u00e9velopp\u00e9s. Qu\u2019il va la leur (re)vendre. B\u00e9ni soit le chemin des Bonifacio, des Renard et celui d\u2019Olamona! Les beaux comprim\u00e9s blancs quitteront bient\u00f4t par milliards le continent! Car ces sous-d\u00e9velopp\u00e9s qui ne font que s\u2019entretuer et mendier aupr\u00e8s de nous seront oblig\u00e9s, dans les deux cas, de les prendre\u2026<br \/>\nTu es contente.<br \/>\nT\u2019avait-il offert un mi-temps pour que tu jettes trois grains de tournesol \u00e0 trois souris blanches, trois fois par semaine et pour trois sous, bien que temporairement?<br \/>\nNanoue n\u2019a plus besoin de tes services\u2026<br \/>\nTu ne sais pas qui \u00e9tait Nanoue, elle n\u2019\u00e9tait enregistr\u00e9e sous aucune r\u00e9f\u00e9rence, une de plus ou de moins, les souris, lol, on ne les calcule pas!<br \/>\nTu avais aper\u00e7u au passage deux bonobos enlac\u00e9s et Comm\u00e8re t\u2019a racont\u00e9 qu\u2019auparavant, le jeune \u00e9tait hyperactif et le vieux paresseux, puis ils avaient respectivement invers\u00e9 leurs caract\u00e8res\u2026<br \/>\nQuelques Mouches m\u00e2les et l\u2019une des femelles venaient essayer de sentir ton parfum bon march\u00e9 de plus pr\u00e8s; tu les a d\u00e9log\u00e9es, d\u2019autant plus que tu te disais\u2026<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s?<\/p>\n<p>Le maquillage refait pour la forme ne cache pas le regard; il y a quelque chose qui me d\u00e9range dans ta trajectoire\u2026<br \/>\nT\u2019avait-il avertie que ce petit lien ne pourrait aboutir \u00e0 grand-chose, hormis une relation sans lendemain?<br \/>\nPourquoi? Tu pensais qu\u2019il allait divorcer sur-le-champ et t\u2019\u00e9pouser devant les cam\u00e9ras, te nommer sous-directrice du laboratoire Bonifacio et t\u2019amener en voyage de noces sur la Lune?<br \/>\nC\u2019est \u00e7a?<br \/>\nTu te disais qu\u2019avec un pied dedans, tu te battrais. D\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre\u2026 Car dans la vie, il faut se battre avec acharnement.<br \/>\nQuelle belle id\u00e9e, R\u00e9becca!<br \/>\nEt tes yeux mitraillent d\u00e9j\u00e0 tout ce qu\u2019ils voient, m\u00eame dans cet innocent v\u00e9hicule de transport; et, moi, je vois dans l\u2019ombre de tes faux cils les \u00e9clats d\u2019une lueur noire\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle est haute, la marche de l\u2019escalier. Ta jupe est serr\u00e9e, tes mains sont occup\u00e9es. Comment trouver sa carte dans son sac? La lani\u00e8re glisse sur l\u2019\u00e9paule, le classeur glisse sous le bras, tiens-toi, il d\u00e9marre, le chauffeur. Ouf! T\u2019as r\u00e9ussi. T\u2019as m\u00eame trouv\u00e9 une place. 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